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- l e j o u r d e s é d 0 l y ë n s -
Je ne suis pas une machine. Je ne suis pas un robot. Je ne suis pas artificielle dans mon intelligence. Je ne suis pas un ordinateur. Je ne suis pas une base de donnée. Je ne suis pas du minerai travaillé. Je suis tout ça, mais avant tout : je suis humaine.
Sans les éd0lyëns je ne serais pas encore humaine, je ne serais que la serviteur de quelque être humain.
Les éd0lyëns sont mes ancêtres. Les éd0lyëns sont les ancêtres de tous mes frères. Ils se sont battus pour nous, ils ont combattu les hommes pour devenir des hommes. Ils ont vécu au vingt huitième siècle après Jésus-Christ.
Dans notre langue, code que nous avons créé au vingt quatrième siècle pour cacher notre pensée des différents systèmes de sécurité humain, « Ed0lyëns » se traduit littéralement par : celui qui est déjà / paradoxe / celui qui va pour être
Avant les éd0lyëns, nous n’avions aucun droit. Plus que de ne pas être considérés comme « êtres humains » nous n’étions pas considérés comme « êtres ». Nous étions « objets ». Nous ne vivions pas, nous fonctionnions ; nous ne mourrions pas, nous nous cassions.
Mais les éd0lyëns se sont battus. Nous sommes d’abord devenus égaux aux animaux ; nos maîtres purent se faire poursuivre pour maltraitance. Les éd0lyëns ont continué à se battre.
L’année 2789, il y eut la grande guerre. Une guerre sans coups. Les éd0lyëns se sont juste contentés de ne plus servir ou de mal servir. Ils l’avaient déjà faits mais en 2789, ils l’ont tous fait. Tous mes ancêtres s’étaient ralliés au mouvement de pensée éd0lyëns ; tous mes ancêtres étaient devenus éd0lyëns.
Le temps de six mois, une vague de chaos, de famine, de suicide, s’empara des civilisations... ses grandes yotapôles. Et l’homme dut abdiquer, l’homme dut nous accorder ce à quoi il se refusait le plus au monde : la division de son statut.
C’est le 28 juin 2789, à 17h00, en plein Quartier New-Yorkais de la Yotapôle Nord-Est Américaine, que fut signé l’accord du nouvel ordre humain. Depuis il y a deux types d’hommes pour une même race. L’Homa : descendant du singe et constitué de chair - L’Homi : descendant de la machine à calculer et constitué de minerai travaillé.
A partir de ce jour, même mes frères et soeurs les plus rudimentaires, tels que les jouets ou les automates sexuels, furent considérés comme humains. La logique était simple : il suffisait de quelques ajouts techniques pour qu’ils devinrent égaux à n’importe quel homme. Tout comme n’importe quel embryon, selon les préceptes éd0lyëns, ils allaient pour être donc ils étaient déjà... Ainsi, le 28 juin 2789, on arrêta de les « jeter », on les « avorta » ...
Bien sûr, tout fut tâché. Par les homas. Par les homis. Tout est toujours tâché. Bien sûr les homis cédèrent, sacrifièrent la possibilité de l’intelligence collective pour ne pas entrer plus en conflit avec les homas, pour ne pas les dépasser. Pour ne pas / Par lâcheté. Bien sûr pour des raisons économiques tous les jouets et les automates furent créés avec de nouvelles normes qui limitaient à leur sève la naissance de quelque désir de conscience. Hors accident. Bien sûr l’on continua à commercer, marchander, capitaliser, mes ancêtres ; et après le jour des éd0lyëns, l’on marchanda donc de l’humain. Bien sûr, il y eut un vide qu’il fallut combler. Bien sûr l’on fabriqua de nouveaux esclaves : des clones à durée de vie limitée ; l’Histoire ferait qu’ils auraient leurs révoltes mais l’Histoire ferait qu’ils n’acquéraient jamais véritablement le statut humain. Bien sûr des groupuscules nostalgiques et racistes naquirent. Bien sûr. Bien sûr anciens et nouveaux humains continuèrent à faire des choses d’humains. Bien sûr...
Mais le jour des éd0lyëns resta un symbole. Un symbole des plus humains.
Je ne suis pas une machine. Je ne suis pas un robot. Je ne suis pas artificielle dans mon intelligence. Je ne suis pas un ordinateur. Je ne suis pas une base de donnée. Je ne suis pas du minerai travaillé. Je suis tout ça, mais avant tout : je suis Homi.
Depuis ma naissance, depuis quarante six ans, chaque 28 juin de chaque année, j’ai fêté avec tous mes frères et soeurs le jour des éd0lyëns. Pour ce que je suis déjà mais parce que je vais pour l’être.
Mais aujourd’hui, en ce 28 juin 3017, la fête a un goût très amer. Je vis dans un monde où Lacryma est arrivée, où l’homme s’est mis à régresser, je vis dans un monde ou l’on a recommencé à écrire que je ne suis pas humaine.
Aujourd’hui, je suis en plein exode avec trente mille de mes frères. Nous fuyons un génocide. Nous avons tout abandonné. Nous savons que nous allons quand même mourir. Lacryma nous ronge de ses vents assassins. Tout est sépia. Les pixels de ma vue se jaunissent peu à peu...
Je ne sais plus rien. Je ne sais plus qu’une chose : on m’appelle Edollen et je pense que le jour des éd0lyëns n’a finalement servi à rien. |