L’INTERVIEW INTIME


Comment tu vis ?

Je vis tranquillement même si je souhaite plus voyager. J’ai un emploi du temps que je gère sans qu’on m’impose quoique ce soit. Je ne cache pas que l’écriture dicte principalement ce temps. Ce n’est pas pour autant une priorité car les personnes qui comptent pour moi ont une place privilégiée qu’elles soient à 20, 200 ou 900kms, je fais taire l’écriture pour elles. Seulement pour un moment. Là en ce moment, je me repose à la campagne.


Comment tu aimes ?

Je suis quelqu’un de « cérébrale ». J’aime avec lucidité et profondeur. Si les personnes passent l’étape de ma sévère barrière de la confiance, elles n’ont pas intérêt à me décevoir car j’aime comme je déteste (pas dans le ruminement mais dans l’indifférence et la tranquillité). J’aime « à condition » et j’aime « sans retour ».


C’est quoi ta rage ?

La tromperie qu’elle soit amoureuse, amicale, professionnelle ou sociale. L’irrespect aussi.


C’est où que ça fait mal ?

A la respiration, ensuite à la gorge.


Ok, maintenant je vais coller une étiquette sur ton front. Attention, hop, super. Tu veux que j’écrive quoi dessus ?

Ne t’en fais pas et saute.


Elle est comment ta lumière ?

Elle scintille comme les étoiles.


Et si j’éteins, qu’est-ce qui se passe quand c’est tout noir ?

Elle scintille plus fort.


C’est quand que tout a changé ?

En 1997 et 2006, j’ai pris conscience que la seule force qui comptait était le travail. Je n’ai pas d’autres choix que de travailler pour obtenir peu mais de mieux en mieux. Je ne suis pas du genre à faire des galipettes ou bien baisser ma culotte pour avoir plus vite les choses.


Ton plus vieux souvenir, c’est quoi ?

A la maternelle, j’ai le souvenir d’avoir rougi en rencontrant mon premier amour.


C’est qui qu’est là et c’est qui qu’est pas là ?

Une personne qui vient d’entrer dans l’appartement et qui me dit « Eh ! ». Une personne qui n’est pas là ? Mon père qui est décédé.

 


INTERVIEW LITTERAIRE


C’était qui ton premier lecteur ?

Je ne sais pas.


Est-ce que tu considères ta poésie comme une forme d’anarchie ?

Non. J’ai conscience qu’elle semble étrange – pour ne pas dire incohérente – après tout dépend quelle est cette anarchie dont tu me parles ? Si c’est dans la forme – peut-être, si c’est dans son fond – non. Certains lecteurs accrochent de suite et comprennent de suite. Ils ont déjà accepté de lire différemment des autres et sont donc interrogatifs et interpelés par ma façon d’écrire. Je qualifierai ma poésie d’instinctive, voire d’inhabituelle. J’admets que pour certains elle doit être mystérieuse donc sûrement anarchique dans le sens que parfois elle n’est pas généreuse en indices. J’ai bien répondu à ta question ?


Ouais. Qu’est-ce que tu penses du joli ?

Qu’il a sa place seulement s’il ne se transforme pas en vulgaire ou profite de son statut pour incarner la superficialité doublée de la connerie typique d’un égo surdimensionné. Entre nous, le joli est un outil pour nous détruire ou nous construire.


Si je te qualifiais d’écrivaine gothique, me prendrais-je plus une claque ou un baiser ?

Ni l’un ni l’autre. Plutôt un sourire. Ca n’existe pas « écrivaine gothique » pour ma part car je n’écris pas sur les cimetières, les vampires et autres monstres emblématiques liés à cet univers. J’ai beaucoup lu au sujet du Graal, du cycle arthurien à une époque. J’appréciais le concept médiéval, les intrigues, l’esprit chevaleresque, l’amour courtois, la littérature médiévale en général. Ca m’a permis de m’évader bon nombre de fois. Je ne sais pas si c’est cela qui m’influence mais en tout cas, cela a été un vrai divertissement.

Si tu dis « gothique » dans ma façon d’être et de m’habiller, je ne suis pas encore tout à fait d’accord mais s’il le faut je peux dire « oui je suis gothique mais plus que cela ». Je n’aime pas le blanc car ce contraste signifie pour moi la mort. On m’interdisait de m’habiller comme je l’entendais plus jeune. A mon âge, je devrai m’habiller en da-dame pour faire plus mon âge. Pourquoi ?

Bon, je sais que je devrai mettre des pulls tip-top mode version pouf-mouton mais je n’en ai pas envie. Je ne tombe pas dans l’excès non plus, je ne supporte pas les croix renversées, on ne fait pas tout et n’importe quoi même si l’on aime le noir, même si le mouvement gothique est apparentée à une sous-culture et sa mode comme une rébellion réservée aux adolescents. Ce qui est restrictif et facile. Je ne suis pas « écrivaine gothique » car je ne suis pas Sire Cédric par exemple même si mes thèmes sont majoritairement sombres. J’essaie d’être moderne car je suis attachée à l’époque dans laquelle je vis.


Tes vers, tes images, m’évoquent depuis le début quelque chose d’assez baudelairien, j’ai tout de suite accroché à ton esthétique du viscéral, je remarque cependant une grande évolution dans ta rythmique avec une accélération, des vers de plus en plus courts, peux-tu nous en parler ?

Et bien, sûrement que j’évolue en tant que personne. J’ai une écriture instinctive donc je peux écrire sur ce qui me touche véritablement comme sur quelque chose de plus commun qui a une moindre importance pour moi.

Aujourd’hui, plus mes vers sont courts plus ils ont de sens dans ma tête et mon ressenti. Ma poésie parle de moi, non pas de ce que je vis physiquement mais de ce que je ressens, elle représente mon évolution personnelle que j’essaie de traduire.

Ma poésie – moins mes textes – est instinctive, après je ne me sens pas spécialement attachée à Baudelaire (même si Les Fleurs du Mal est mon œuvre préférée). Alors c’est inconscient et tant mieux ! Je ne saurai dire si je continuerai dans l’accélération et le court. Mais je ne pense pas régulièrement définitivement. Heureusement !


Et si on t’interdisait d’écrire, développerais-tu des névroses ? Lesquelles ?

Indirectement on m’a déjà interdit d’écrire. Ce serait long à expliquer. Lorsqu’il m’est arrivée de ne plus écrire ça été de moi-même parce qu’il fallait faire un choix entre vivre ou survivre. Ou bien, parce que j’en étais incapable. Sans cesse dans la Comparaison, on pense que j’imite la vie mouvementée des auteurs d’antan ou je me fais des films ? Soit. Je les connais pas ces autres et pis ils sont morts ou je ne les connais pas. Place aux vivants s’il vous plaît !

L’écriture doit être plus qu’une passion. Lorsque je la reniais elle me compliquait la vie quotidienne – toujours un peu d’ailleurs. J’essaie à présent de donner sa juste place afin qu’elle ne me pollue pas trop l’existence. Je la personnifie presque. Elle m’en a fait voir de toutes les couleurs mais elle m’apporte des choses positives comme ne pas sombrer trop dans le négatif. Elle me permet de prendre le recul nécessaire pour continuer ma vie hors écriture étrangement.


Qu’est-ce que tu ressens pendant ? Ca touche plus le crâne, la bouche, le cœur, les tripes, le sexe ou les pieds ? Autre chose ?

Le cerveau et l’âme.


Tu as déjà refusé plusieurs contrats, pourquoi ?

Je ne veux pas faire d’erreurs. J’ai encore à apprendre sur moi-même et sur mon écriture. Je suis encore jeune même si je meure d’envie de pouvoir entièrement en vivre. Je fais mes expériences, à mon rythme et je suis contente. C’est comme cela que doit être mon « chemin ».

Tu sais que je ne suis pas du genre « piston ou couche-toi là » donc je n’ai pas d’autre choix, « travailler ». C’est primordial d’être entière au maximum et de ne pas renier ce que je suis. Les contrats qu’on m’avait proposés ne reflètent pas ce que je souhaitais. Je comprends que les éditeurs préfèrent se couvrir et investir sur un auteur qui a déjà fait ses preuves. Le but c’est de faire de l’argent. Quant à moi, je suis consciente que je suis une parfaite inconnue, il faut le dire ! Mais mon but premier est d’être satisfaite de mon travail et lorsque je le propose je sais par le biais des réponses où j’en suis. Le refus des contrats me situe dans une échelle de valeur que je me suis faite dans la tête. Si le contrat ne me plaît pas dans son intégralité, je le refuse et je retravaille tranquillement mes manuscrits. J’avoue que c’est dur, mais si je devais donner une réponse claire à ta question je dirais : « Parce qu’il ne faut pas me prendre pour une débile et que si tu n’as que cela à me proposer, je dis non. Tu investis partiellement ? Moi je dis non mais merci pour ton avis ! Je vais faire mieux et aller ailleurs. » Parfois je me dis que j’ai tort d’avoir refusé mais je sais que non.


Tu es plus du genre à écrire sur une vie que t’as ou sur une vie que t’as pas ?

Aucune. Je n’écris pas sur ma vie, ni sur celle que je n’ai pas. Je peux m’en inspirer pour développer une histoire tout à fait extravagante ou grave.  J’aime que mes personnages soient anonymes « visuellement ». J’écris en visualisant, en ressentant. Je mets un moment de ma vie pour la transformer radicalement. Seules les personnes qui me connaissent très bien pourront déceler le vrai du faux. Elles y arrivent toujours et disent toutes la même chose, ce n’est que quelques secondes de ma vie. J’ai la chance d’être une inconnue du public commercial donc je peux faire presque tout ce que je veux. La liberté est une notion importante même si elle est dure à conserver.

Quand j’y pense, je pourrais écrire sur ma vie, faire une sorte de roman autobiographique pour faire une thérapie, mais je préfère être suivie que d’étaler ma vie personnelle sur du beau papier. On ne fait pas tout pour du fric. Je ne parlerai pas de l’histoire de ma famille, ce serait l’exposée. C’est important de préserver sa vie personnelle et ne pas l’étaler de trop. Je crois que l’imagination mérite mieux que cela.


De tes œuvres, quelle est celle qui te ressemble le plus ?

« Quelque chose de Babel », un texte inclassable comme on a pu le dire et comme intouchable. J’aime que les choses soient plantées sans pour autant les effleurer.


Tu écris ton prochain texte pour la revue Simurgh, veux-tu bien nous en parler ?

Le thème du numéro 4 est « l’hiver de force » et va être exclusivement consacrée aux auteures féminines. Je vais proposer un poème. Cette revue est initiée par Steve Pitcher qui est de Montréal. Son but est de regrouper les auteurs qui sont intéressants et de faire éditer la revue en version papier. J’ai participé aux numéros 1 et 2. Pour le 3, je n’avais pas le temps. La première fois que j’ai entendu parler du Simurgh, j’étais sur Inlibroveritas pour mettre en ligne « Mai 09 », un texte qui parle en gros de ce qui dégénère dans le système politique et social actuel. Steve m’a contacté et m’a demandé de l’intégrer dans le numéro 1. J’ai trouvé cela étrange car je n’avais pas connaissance de ce projet de revue en ligne. Ca s’est passé comme cela, un message privé et j’ai dit oui, pourquoi pas ?


Tu vas ouvrir ton site aussi ? T’as d’autres projets ?

J’ai déjà un site mais il est à refaire intégralement, c’est la catastrophe ! Il n’est pas actualisé et le livre d’or est submergé de message à caractère porno – sympathique non ? La logistique de ce genre je n’aime pas. Je m’en occuperai cette année avec quelqu’un qui s’y connait.

Mes projets ? La réécriture de mon 4ème roman (Un jour,) pour le proposer une nouvelle fois.

Je dois me repencher sur le 3ème (Emilie) qui n’est toujours pas sorti pour un différent de maquette et de mise en forme – le bazar complet !

Il y a un projet de court-métrage qui concerne une de mes nouvelles (Chuchotements) en collaboration avec Tryum Prod (une sympathique équipe de Troyes et Sainte-Savine dans l’Aube, créative et qui se donne les moyens de développer leur activité d’année en année principalement grâce aux films d’entreprises et l’écriture scénaristique). Je suis impatiente de voir le résultat et de participer à cette aventure !

Sinon, je vais m’attacher à lire tout ce que je n’ai pas pu lire depuis que j’écris, j’ai envie de faire une demi-pause dans la publication. J’en ressens l’envie sinon je vais saturer et ne plus être inspirée. Ce serait dommage d’écrire des c*nneries ! L’écriture est un plaisir et il faut que je l’entretienne et la ménage. Je le sens comme ça.

Je vais essayer de donner un peu plus de mon temps aux auteurs qui m’ont contacté pour des avis et conseils. Ca m’a plu, et avec le peu d’expérience que j’ai, j’ai envie de la partager afin de leur éviter les désagréments et les découragements. C’est comme cela que doit être un cercle d’auteurs, uni et non en compétition ou dans le hautain.


Qu’attends-tu de tes lecteurs ?

Et bien qu’ils ne s’abaissent plus à la critique facile. J’en ai eu quelques-unes et elles viennent majoritairement de femmes. Pourtant nous sommes intelligentes et censées il paraît ? C’est marrant de penser à cet exemple en premier. Personne n’aime être critiqué et ça peut blesser mais j’arrive à peu près à digérer et à continuer même si je ne vois pas un chemin balisé devant moi-même so ça me touche parfois.

Ce que j’attends de mes lecteurs ? Qu’ils me suivent le plus longtemps possible et qu’ils me disent si je déc*nne trop !

 


L’INTERVIEW SI T’ETAIS


Si t’étais une princesse ?

Ariel, la Petite Sirène.


Si t’étais une prostituée ?

Jenny Everdean dans “Gangs of New York” de Martin Scorsese.


Si t’étais une musique ?

Bibo no aozora/Endless flight and Babel, Bande Originale du film “Babel”.


Si t’étais un monstre ?

La fée Mélusine, moitié femme moitié serpent.


Si t’étais un instant qui change l’histoire ?

Un évènement de la petite histoire, une pensée plutôt, celle de mes parents en prenant l’avion dans un contexte politique mouvementé pour la France.


Si t’étais un objet inutile ?

Inutile et utile à la fois, un string (un filet à mecs pas futés car ils devraient préférer leurs femmes sans rien et un filet à m*rde, ça aide parfois il paraît – je deviens crade non ?)


Ca va, tu es dans un journal non lavable mais salissable de toutes façons. Et si t’étais un animal ?

Un chat roux.


Si t’étais un instant manqué ?

Un « je t’aime » sur un lit de mort.


Si t’étais un truc qui rend fou ?

Le manque de confiance en soi.


Si t’étais un organe ?

Les poumons.


Si t’étais du plaisir ?

Des entremets poire/chocolat et un autre exotique pour Noël.


Si t’étais un danger fatal ?

Une météorite.


Si tétais belle ?

Un tournesol.


Si t’étais la révolution ?

Woodstock.


Si t’étais Lacryma ?

Je serais une étoile filante, blessante.

 


L’INTERVIEW GROS NOUNOURS


ESt-ce qUe tU BoA, di ?

J’alterne. Je bois, je bois pas.


ESt-ce qUe tU t’drOgUes, di ?

Il paraît que je n’en pas besoin vu ce que je peux dire parfois (Eh, il y a une porte invisible là).


ESt-ce qUe tU m’aiMMEEE ?

J’aime personne, les être humains m’énervent.


ESt-ce qUe t’As d’lA P’tIte VinASSe pOur môA?

Non.

 


L’INTERVIEW LACRYMA


Tu faisais quoi le jour où Lacryma est arrivée ?

Je me posais des questions. J’aime me poser des questions sur la vie en général. Pourquoi les gens sont c*ns lorsqu’ils sont en groupe, pourquoi je fais de doigts d’honneur à un groupe de mecs qui se croient malins, pourquoi je fais flipper des pisseuses, pourquoi les animaux et les enfants m’aiment ? J’ai d’autres questions en stock faut pas s’inquiéter.


2) Quel est ton personnage préféré ? Toujours Lhènndyn ?

Oui Lhènndyn. J’aime les personnages féminins, je me sens proche d’elles.


3) Que penses-tu des derniers épisodes

A vrai dire je n’ai pas encore eu le temps de les lire tous donc je répondrai lorsque j’aurai tout lu. Question d’équité ! Si tu veux savoir quel a été mon épisode préféré de la saison 1 oui je peux te le dire : le 7 (Femme Enfant) une histoire sur Lhènndyn bien sûr.


4) Parle-nous de ta mythologie, de Trevor Spencer, de ta Lhènndyn…

Ma mythologie se retrouve dans l’alternance des temps (un futur établi, un présent ancré dans le futur et un passé omniprésent, voire dérangeant). Trevor est  intéressant dans sa façon de diriger les gens, j’ai toujours été attirée par la religion et la dépossession de la personnalité, la folie que peut causer une conviction surtout si elle est bancale. Lhènndyn est une jeune fille qui a grandit trop vite, on lui a dit un jour : « Toi, fais ton boulot, c’est tout ce qu’on te demande ». Elle pourrait avoir mal ou être rabaissée mais elle est tout simplement une représentation partielle de ce qu’est devenue la société humaine à partir de Lacryma. Elle est aussi le résultat accéléré de ce que seront les humains dans peu de temps. Elle a aussi en elle différents passés. Elle a son histoire propre comme occulté, se cache derrière une apparence froide sa frustration, sa douleur, son mépris, son attachement des humains malgré tout.


As-tu d’autres projets en Lacryma ?

Pas pour cette année dans l’écriture. Je suis plutôt attirée dans la découverte des créateurs (qu’ils soient d’écriture, d’image, de musique). Cette année va être l’année de la lecture, de la découverte de personnalités dans et hors Lacryma.


Quels sont tes lacrymisés préférés ?

Sâadiya, Ysee.


7) Selon toi, Lacryma peut-elle initier une nouvelle mythologie ?  En combien de temps ?

Je n’en sais rien du tout, sincèrement.  Ce qui est sûr c’est qu’avec du travail on arrive toujours à quelque chose. Une réponse banale non ?

9) La question n'est pas facile. Bon, est-ce que t’as un autre truc à m’dire ?

Jpeux te poser des questions maintenant ?

 

Ok, avec plaisir, ça fera sûrement figure d'un prochain interview.

 

Liens de Jeanne Dao

www.myspace.com/writerpunkette, sinon il faut taper sur Google..