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requiem. Ils sont rivés sur leur table, leur musique, l’électro-baroque/jazz, mode incontestée du moment. Ils sourient leur concentration, font retentir d’énormes basses, les accompagnent d’éloignés et déformés souvenirs de violons, de harpes, les parasitent de légers craquellements, les feutrent de souffles et ne cessent d’improviser à chaque fois que l’incessant thème est répété.
Ils tournent le dos à la foule.
Cette foule est un amas de beaux visages, de beaux corps, de beaux vêtements. 0,23% de la population. Tout le luxe de la Cité Souterraine Européenne. Tous les politiques. Toute la science. Tous ceux qui préparent la renaissance d’une économie. Toute la culture de propagande. Tous ceux sans qui cette Cité Souterraine Européenne ne pourrait développer un gros cancer en plein milieu de sa tête. Oui, aujourd’hui tout le monde est là. Oui, ce soir tout le monde est là pour ne pas finir comme Lidjème Nieilemschka. Et tout le monde sourit en posant ses lèvres sur sa coupe et en tapant du pied sur une musique depuis plus de mille ans recyclée.
Et puis il y a les danseuses.
Voluptueuses. Lascives. Juste vêtues d’une peinture mouvante et semi-intelligente aux dominantes noires et bleues. Encore humides, elles effleurent les hôtes au style classique-post-apocalyptique développant méticuleusement toutes les nuances du gris ou voyageant dans de grandes exubérances de couleurs. Cavalières, elles tendent la langue aux hommes, aux femmes, parfois même aux enfants ; les servent, les gavent de petits cachets : néo-amphétamines de vins, ultimes ecstasys de whisky, condensés d’héroïne de vie, ou encore pour les plus sages, sodas de cannabis.
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